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Thirian

 
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Ysaaltar
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MessagePosté le: Mar 22 Jan - 19:37 (2008)
Sujet du message: Thirian
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    Au cœur de la grande forêt d’Oran, sur la rive droite de la Siria, se dresse un petit village tranquille, d’à peine une cinquantaine d’âmes. Il n’est indiqué sur aucune carte, et ne porte pas réellement de nom. Les rares étrangers qui en parlent le désignent, non sans ironie, par le nom de « Siriaville », tandis que les habitants s’y réfèrent en disant « le village », tout simplement.

    Le village vit principalement de chasse, de pêche et de cueillette, parfois complétées par quelques légumes provenant d’un des petits potagers qui le parsèment. Une ou deux fois par an, un marchand ambulant apporte quelques nouvelles, avec parfois quelques produits de première nécessité. Il est toujours très bien accueilli des habitants, qui l’apprécient beaucoup, les adultes pour sa discrétion, et les enfants pour son inépuisable répertoire de récits et d’histoires.

    Vivant à l’écart des affaires du monde extérieur, le village ne se soucie guère de l’autorité, et encore moins des conflits qui agitent sans cesse les royaumes qui l’entourent. Depuis sa fondation, il y a plus de cent cinquante ans, les seules batailles qui l’agitent sont les disputes des enfants. Et même ces batailles-là sont rares. Cependant, il en est une moins rare que les autres, qui dure depuis un temps dont aucun des hommes du village ne peut se souvenir. Et pourtant, un enfant, lui, s’en souvient encore…

    - « THIRIAN ! Que s’est-il encore passé ? » fit Erinaë d’une voix inquiète, lorsque l’adolescent rentra à la cabane familiale, les cheveux en bataille, les vêtements sales et déchirés, les bras et les jambes couverts de bleus et d’écorchures.

    - « Rien, maman », répondit ce dernier d’une voix légèrement tremblante, le visage triste. « Je suis tombé dans la forêt, c’est tout. »

    La mère soupira, pas le moins du monde abusée par le mensonge de son fils.

    - « Il faut te nettoyer et te changer. Tu ne peux pas rester dans un état pareil ! »

    Joignant le geste à la parole, elle l’accompagna jusqu’au ruisseau qui coulait derrière la cabane, puis l’aida à se déshabiller et à se nettoyer. Sans avoir rien vu, elle savait exactement ce qui s’était passé : une fois de plus, Thirian s’était laissé entraîner dans une rixe par les autres jeunes du village, rixe qui avait, sans surprise, tourné en sa défaveur. Lorsque le nettoyage fut terminé, elle examina son fils de la pointe des oreilles jusqu’à la plante des pieds. Tout en étendant un baume dont seules les femmes de sa race avaient le secret, elle ajouté, autant pour elle-même que pour lui :

    - « Ca ne peut plus durer comme ça. Il faut que tu te défendes, sinon ils vont te tuer, un jour ou l’autre. »

    Thirian soupira :

    - « Maman, tu sais très bien que je n’ai pas la force de me défendre contre tous les enfants du village à la fois. »

    - « Je ne te parle pas de te battre, Thirian ! », ajouta-t-elle d’un ton un peu sec.

    - « Ils ne font pas assez mal pour que je leur fasse ça », répondit le garçon, à mi-voix.

    - « Mais il faut que ça cesse. Tu ne vas pas te faire battre toute ta vie ! »

    « Oh non, maman, ça ne va pas durer toute ma vie… », pensa Thirian. Et sans doute dût-il le murmurer, car sa mère leva sa tête vers lui et le regarda intensément, sans mot dire, pendant de longues secondes. Puis elle reposa le pot d’onguent, et alla chercher une tunique et un pantalon, qu’elle lui tendit, sans rien ajouter.

    Le soir, lorsqu’elle fut certaine que son fils était bien enfoncé dans sa Rêverie, elle raconta à son époux l’état dans lequel était rentré leur fils. Une fois de plus, elle lui confia ses doutes et ses craintes pour leur avenir à tous les trois. Celle qui, naguère, était appelée « la Dame des Eaux Claires » par tous ceux de sa race, en raison de son amitié précieuse avec les esprits naturels des lacs et des rivières, ne s’était jamais plainte de son sort. Mais jamais l’exil en compagnie de son fils et de son mari ne lui avait paru si lourd à porter qu’aujourd’hui.

    - « A quoi lui sert-il d’être le fils d’un grand sorcier, s’il ne peut même pas se servir de ses pouvoirs pour remettre à leur place quelques rejetons humains mal éduqués ? A quoi lui servent ces pouvoirs que tu lui apprends à maîtriser chaque jour un peu plus ? Et pourquoi ne pouvons-nous pas faire cette simple justice nous-même ? Explique-moi ! Explique-moi encore, sinon je crois que je vais devenir folle, Saëvel… », demanda-t-elle avant de fondre en larmes.

    Alors il lui expliqua. Il lui redit la raison pour laquelle lui, Saëvel Fortesprit, avait fait serment de ne plus employer sa magie à l’encontre d’un être vivant, quel qu’il soit. Il lui répéta la raison pour laquelle elle-même était liée par ce serment, si intimement que toute transgression entraînerait pour tous les trois un sort pire que la mort. Il lui réexpliqua la cause de leur exil, la seule manière de ne plus rencontrer de situation qui pourrait le pousser à se parjurer. Il savait à quel point Erinaë avait besoin de l’entendre et de le réentendre.

    Elle s’endormit dans ses bras, avant qu’il n’en vienne à évoquer l’avenir de leur famille, et surtout de leur fils. Il reposa doucement à ses côtés, dans le lit, et s’endormit, le passé et le futur mêlant espoirs et regrets dans son esprit.

    Le lendemain, la première heure du jour trouva Thirian sur le chemin qui longeait la rivière. Il marchait, les yeux pleins de larmes. La lettre qu’il avait laissée sur son oreiller, à l’attention de ses parents, semblait pleine d’assurance et de confiance, mais au fond de lui, il n’avait aucune idée de ce qu’il ferait en sortant de la forêt. Comment serait-il accueilli ? Et que se passerait-il lorsque les gens découvriraient ses « dons » ? Il n’en savait rien… Tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne pouvait plus supporter les enfants qui l’avaient maltraité. Et dans le village, il ne connaissait pas une seule personne, pas même le vieux Silar, qui ne l’ait pas maltraité étant enfant.

    Pourtant, il ne les haïssait pas. Il comprenait pourquoi ces humains réagissaient comme cela. Son père si sage lui avait expliqué la peur de la différence. Il avait lui-même constaté à quel point les humains, à la vie si courte, ressentaient le besoin d’exprimer si fortement leurs émotions. Il était bien conscient que la cruauté enfantine n’était qu’une forme d’innocence.

    Tout simplement, cela ne pouvait plus durer. Thirian avait ressenti et reconnu le besoin d’autre chose, l’appel d’un ailleurs. Il savait qu’il était temps pour lui de partir et de vivre autre chose. Temps de découvrir si le monde entier était comme ce village qu’il aimait et détestait tout à la fois. Temps de trouver sa place dans ce monde qu’il ne connaissait pas…


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MessagePosté le: Mar 22 Jan - 19:37 (2008)
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